Marie (16 ans): « Tous les jours je vois des débats sur les “préférences génitales” qui insultent directement les lesbiennes en première »

Noues sommes heureuses de donner la parole à Marie, lycéenne de 16 ans qui a récemment contacté Résistance Lesbienne.

1. Depuis quand utilises-tu le mot lesbienne pour te décrire ?

Alors, je pense que je l’utilise depuis que j’ai 12 ans. Je sais que je suis lesbienne depuis que j’en ai 11, mais il m’a fallu un petit moment pour réussir à tout comprendre. Je pense que j’ai eu le déclic à 11 ans et que j’ai “oublié”, j’ai mis mon homosexualité dans un coin de ma tête et j’ai fais comme si elle n’existait pas pendant 1 an.

2. Comment as-tu découvert le mot ? T’y es-tu identifiée tout de suite ?

Je pense que je l’ai toujours connu. Au début j’utilisais le mot lesbienne très facilement, mais au fur et à mesure que je grandissais j’ai commencé à prendre conscience des mauvaises idées par rapport au lesbiennes (l’association à la pornographie surtout voire complètement), et j’ai commencé à plus utiliser “gay” pour me décrire.

3. Que signifie être lesbienne pour toi ?

Tout simplement être une femme qui aime les femmes et pas les hommes, ça me semble être la définition la plus logique.

4. Quelle est ton expérience en tant que lesbienne au lycée ? Es-tu ouvertement lesbienne auprès de tes camarades ?

Je suis ouvertement lesbienne dans tout mon lycée et j’ai même parlé de ma copine à une professeure et failli faire un projet sur les LGBT avec quelques amies bisexuelles. Je pense que les gens de mon lycée sont assez ouverts d’esprits, j’ai toujours réussi à parler ouvertement de mon homosexualité à tout le monde sans tabou. Même si quelques fois c’est vrai que je n’ai pas été très bien reçue.

5. Comment le discours trans impacte ton quotidien ? Est-il présent dans ton lycée ?

Il est très présent oui. Ça ne m’impacte pas moi directement je pense, parce que je ne risque pas de tomber dans ce discours là, mais par exemple toutes les filles masculines de mon lycée sont trans FTM (filles qui s’identifient garçon) ou au moins non-binaires.

Pour donner une idée, dans un lycée où on est à peu près 1000, je connais une seule lesbienne plutôt masculine à part moi-même (et encore elle utilise les pronoms he/she) et pourtant des filles avec des cheveux courts et qui s’habillent chez les hommes j’en vois plusieurs tous les jours ; mais sauf que pour elles, elles ne sont pas des filles.

Ah et j’ai aussi oublié « la femme trans lesbienne » de ma classe qu’il faut respecter à tout prix, même si j’ai jamais vu plus agressif et violent comme individu. Par exemple une autre fille de ma classe qui est pourtant très très transactiviste l’avait mégenré sans faire exprès et elle s’est faite insultée de tous les noms. Bref c’est n’importe quoi.

6. As-tu déjà subi des comportements négatifs d’autres personnes en raison de ton lesbianisme ?

Il y a surtout deux fois qui m’ont marquée. Une des amies bies que j’ai mentionnées au-dessus qui m’avait embêtée pour que je dise que je sortirais avec une femme trans même si c’est pas du tout ce que je veux. Et une amie hétéro que je connaissais depuis des années qui m’avait dit (en gros) que j’étais bizarre etc.

7. Peux-tu nous en dire plus sur les pressions à sortir avec des femmes trans que tu as subies de ton amie ?

En fait ça ne s’est passé qu’une seule fois mais avec le contexte c’était vraiment très bizarre et assez mal intentionné je pense. C’était au moment où on faisait le projet LGBT que j’ai mentionné au-dessus, on voulait donner des définitions pour “l’homosexualité”, “la bisexualité” et “la transidentité”. Pour le contexte, j’étais la seule lesbienne/homosexuelle du groupe, il y avait deux bies et une fille hétéro. J’avais donc donné la définition Larousse qui me semblait la plus appropriée et qui me convenait le plus en tant qu’homosexuelle qui est : « Attirance pour les personnes de son sexe ».

Je dis à une des filles bie de noter ça, ce qu’elle fait, mais l’autre fille bie a commencé à être un peu en colère et à nous accuser de transphobie (sur le ton de l’humour mais ça s’entendait qu’elle était sérieuse), et elle voulait qu’on change « sexe » par « genre ». L’autre fille bi ne l’a pas vraiment écoutée au début et a continué à noter ce que je lui disais et c’est là que la fille qui nous a accusées de transphobie a commencé à me demander “toi en tant que lesbienne tu sortirais bien avec une fille trans non ??”. Et moi je ne savais pas trop où me mettre à ce moment là.

Ce qui me choque le plus dans cette histoire, je pense que c’est le fait que je ne suis pas la seule dans le groupe à être attirée par un seul sexe. Comme je l’ai dit plus haut il y avait une fille hétéro mais on ne lui a pas demandé une seule fois si elle sortirait avec un homme trans. Je suis la seule à qui on a posé cette question. Alors que j’étais la seule homosexuelle du groupe, je n’ai pas eu le droit de me définir. Je suis censée être la première concernée mais on m’a contredite moi-même sur ce que j’étais.

8. As-tu subi des pressions similaires sur Internet ?

Sur Internet beaucoup oui, je pense que c’est quotidien. Ce ne sont pas des remarques forcément directement liées à moi, même si c’est arrivé, mais tous les jours je vois des débats sur les “préférences génitales” qui insultent directement les lesbiennes en première.

À l’époque où je faisais vraiment attention à être la meilleure alliée possible pour les personnes trans surtout, ces remarques me faisaient me poser beaucoup de questions sur ma sexualité etc, surtout quand les remarques venaient de personnes proches de moi. Par exemple, j’avais une amie sur Twitter qui a publié un post sans vraiment de contexte où elle disait en gros que les lesbiennes qui ne sortiraient pas avec des femmes trans étaient juste des gigas transphobes et qu’elles ne méritaient pas d’être dans la communauté LGBT etc.

On retrouve beaucoup ce genre de remarques dans les débats où je dois toujours expliquer ce qu’est l’homosexualité et le pourquoi du comment en tant qu’homosexuelle on ne peut pas être attirée par le sexe opposé. Bref c’est arrivé quelques fois de mon côté, mais ça a vraiment fait qu’à l’époque je remettais tout en question.

9. Le discours selon lequel les lesbiennes qui excluent les femmes trans de leur sexualité sont transphobes est en effet souvent présent sur internet, comment te sens-tu quand tu tombes dessus ?

Au début j’étais très triste puisque je pensais être la bienvenue dans la communauté LGBT et je voyais que ce n’était pas le cas. J’ai commencé à être très présente dans la communauté à 12 ans et j’ai commencé à ouvrir les yeux sur la communauté à 15 ans. Ça ne sonne pas si longtemps que ça, mais ça fait quand même 3 ans à penser que j’étais bienvenue chez les LGBT alors qu’en fait pas du tout, et qu’ils seraient capables de m’insulter moi et les femmes comme moi juste pour protéger des « femmes trans » et ça ça m’a fait bizarre. Mais maintenant je n’ai plus du tout cette tristesse, je suis plus en colère et je n’ai plus aucune envie d’être considérée LGBT.

10. Comment te sens-tu au lycée en tant que féministe radicale ?

Pour le coup là c’est pas si facile, parce que je pense qu’il n’y en a pas d’autres dans mon lycée. Je pense que si je parle de mes idées en tant que féministe radicale, la majorité des personnes seraient d’accord avec moi ou accepteraient mais sans forcément être d’accord, mais si je commence à parler d’être une “TERF” je me ferais des ennemis très vite.

11. Comment as-tu découvert le féminisme radical ?

Via Instagram. J’en avais marre de ce que la communauté LGBT faisait à la communauté lesbienne, alors je suis partie chercher des comptes Instagram de lesbiennes qui étaient d’accord avec moi : contre la définition “non-homme aimant les non-hommes”, ou même contre l’idée des préférences génitales. Et comme la plupart des lesbiennes pensant comme ça sont des radfems, c’est comme ça que j’ai aussi découvert le féminisme radical.

12. Penses-tu pouvoir vivre sereinement ton lesbianisme dans les années à venir ?

Oui je pense, enfin j’espère. C’est compliqué de savoir en fait, parce que la première chose que je me suis dite en voyant la question c’est “je ne pense pas qu’il y ait beaucoup d’homophobes à l’heure actuelle”, et j’ai pensé aux gens de droite par exemple. Mais en même temps j’ai même une amie bisexuelle, donc LGBT, qui me force presque à dire que je sortirais avec « une transfemme ». Ça dégénère vite et même les gens censés ne pas être homophobes le sont, donc, je sais pas trop, mais j’espère que ça ira.

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