L’effacement des lesbiennes?

Traduction de cet article publié en anglais et écrit par Susan Hawthorne, lesbienne féministe australienne

Image à la une: six membres des Daughters of Bilitis [« Filles de Bilitis », l’une des premières associations lesbiennes étasuniennes, fondée en 1955] autour d’une table

Une lesbienne qui ne réinvente pas le monde est une lesbienne en voie de disparition ». Nicole Brossard, La Lettre aérienne

Le mot « lesbienne » est passé de mode. Si tant est qu’il ait jamais été à la mode. Au fil du temps, les lesbiennes ont été appelées uraniennes, saphistes, citrons, asociales, femmes maudites, amazones, brebis galeuses, femmes mauves, sorcières, menace lavande, folles, vampires, hooligans, criminelles, hystériques, salopes, vaches, gouines, garces, péril mauve, et bien d’autres choses encore. Aujourd’hui, les lesbiennes qui défendent les lesbiennes sont traitées de bigotes, de féministes radicales trans-exclusives (TERF), de nazies. Qu’est-ce qui a provoqué cette haine massive des lesbiennes à une époque où le drapeau arc-en-ciel peut être vu dans de nombreux endroits ? Les milieux queer, trans, LGBTQ+ semblent avoir l’attention des gouvernements et des entreprises.

Pourquoi ces autorités et ces organisations sont-elles aujourd’hui si peu enclines à écouter les lesbiennes en tant que groupe distinct ?

Ce n’est pas comme si le monde était devenu plus sûr pour les lesbiennes. Les femmes du monde entier ont constaté une augmentation de la violence à leur encontre. En 2018, Diane Cole a publié un rapport des Nations unies intitulé « 50 000 femmes par an sont tuées par leur conjoint ou un membre de leur famille » documentant le nombre effrayant de femmes tuées dans le monde. Ce qui n’apparaît jamais clairement dans ces chiffres, c’est le nombre de lesbiennes parmi ces femmes. Les lesbiennes constituent rarement une catégorie statistique.

Examinons quelques-unes des raisons de cet état de fait. Dans les pays où le fait d’être lesbienne est illégal, les conséquences peuvent être la prison ou la peine de mort. Dans les pays où le fait d’être lesbienne est très honteux, certaines lesbiennes se suicident, d’autres se marient pour cacher leur sexualité, d’autres encore restent tout simplement très discrètes et cachées. Dans les pays où la criminalité et la honte ne sont pas aussi sévèrement imposées, la peur de s’afficher en tant que lesbienne reste importante. Cette situation est encore compliquée par la pratique croissante d’une jeune génération qui se décrit comme non binaire, trans ou queer, parfois comme une stratégie pour éviter la stigmatisation à une époque où ces identités ne sont pas seulement déstigmatisées, mais célébrées. Ce faisant, la spécificité des lesbiennes est effacée. Toutes ces stratégies rendent la collecte de statistiques pratiquement impossible. En Australie, la grande majorité des personnes qui utilisent volontiers le mot « lesbienne » appartiennent à la génération qui a commencé à être politiquement et socialement active dans les communautés lesbiennes entre la fin des années 1960 et les années 1990.

La fin des années 1960 a vu les débuts du mouvement de libération des femmes, qui comptait de nombreuses lesbiennes. La première conférence nationale des lesbiennes en Australie s’est tenue à Sorrento en 1973. Dans les années 1990, nous avons organisé des festivals lesbiens dans de nombreux États et, en 1991, lors de la dernière soirée du festival lesbien national, l’Opéra de Sydney a accueilli un énorme concert de chanteuses et d’artistes lesbiennes. C’est inimaginable aujourd’hui.

Diane Starski, qui avait assisté à la première conférence nationale des lesbiennes à Sorrento en 1973, a écrit en 1994 à propos de la conférence nationale des lesbiennes à Sydney en 1991 :

Il était également passionnant de réaliser qu’en l’espace de vingt ans, la visibilité des lesbiennes en Australie s’est affirmée et que, dans la création de nos communautés et de notre culture, nous écrivons également notre propre histoire.

Aujourd’hui, nous voyons Mardi Gras, Midsumma Festival, Feast, les marches des fiertés, ainsi que les semaines et les mois LGBTIQ++, mais les lesbiennes ne sont souvent pas visibles et, dans certains endroits, il leur a été interdit d’y assister. On peut citer l’exemple de la Lesbian Action for Visibility in Aotearoa, dont le stand a été annulé lors de la manifestation Out in the City à Wellington en 2021 parce que, selon le comité décisionnaire de la Pride , les personnes transgenres ne s’y sentiraient pas « en sécurité ». Les femmes, pour la plupart âgées, qui devaient tenir le stand et qui ont organisé une manifestation contre son exclusion, n’ont pas été agressives. Certains des manifestants pro-trans « portaient des pancartes affichant des slogans tels que “Fuck TERF Cunts” ». Les lesbiennes du Royaume-Uni, du Canada, des États-Unis, de France, d’Allemagne, d’Italie, d’Espagne et d’ailleurs – et bien sûr d’Australie, d’où je tirerai la plupart de mes exemples – ont été confrontées à ce type de comportement.

La colonisation des espaces lesbiens

Ce processus a commencé à la fin des années 80, lorsque des hommes se disant femmes ont commencé à se rendre à des événements lesbiens. Il y avait toujours eu des hommes qui tentaient de s’introduire dans les bals de femmes, mais ils le faisaient en tant qu’hommes. Les bals pour femmes annuels attiraient jusqu’à un millier de participantes, le plus grand ayant eu lieu à l’hôtel de ville de St Kilda en 1987, avec près de 2000 femmes présentes. De nos jours, il est pratiquement impossible de trouver un événement public annoncé pour les lesbiennes.

Au cours des quarante dernières années, une soixantaine d’espaces lesbiens ont disparu rien qu’à Melbourne. La LGB Alliance Australia héberge une page qui documente les espaces lesbiens perdus. Il s’agit d’espaces consacrés aux arts, aux divertissements, aux sports, à la justice sociale, à la politique, aux réunions et aux groupes de discussion. D’après la carte, il n’en reste que trois (l’un d’entre eux, Spinifex Press, est maintenant situé dans le Queensland et n’est pas devenu clandestin, comme certains le croient !). Ceux qui existent encore ont dû disparaître aux yeux du reste du monde et restent accessibles uniquement à leur propre communauté. Il existe des réunions, des organisations, des groupes politiques et des lieux de divertissement, mais ils ne sont pas publics.

Le Victorian Pride Centre, un nouveau bâtiment gigantesque et bien financé, se présente comme « la première maison construite à cet effet en Australie pour les communautés LGBTIQ+ ». Mais lorsque le Lesbian Action Group (LAG), basé à Melbourne, a tenté de réserver un événement réservé aux lesbiennes dans ce centre en 2023, sa demande a été rejetée. Le LAG a alors demandé à la Commission australienne des droits de l’homme (AHRC) une exemption au titre de la loi de 1984 sur la discrimination sexuelle. Cette demande a également été refusée.

Sur son site web, le Pride Centre ne cite pas, parmi les organisations lesbiennes, Matrix Guild, une initiative de logement très active gérée par des lesbiennes et basée à Victoria. Il mentionne en revanche Acegirls Tennis Squad, un club lesbien d’entraînement au tennis. L’organisation nationale Coalition of Activist Lesbians (CoAL) et d’autres organisations luttant pour les droits des femmes et des lesbiennes sont invisibles. CoAL a le statut de Conseil économique et social (ECOSOC) aux Nations unies et a été la première organisation lesbienne au monde à obtenir ce statut en 1995. Elle survit grâce au travail bénévole de son comité et ne reçoit aucun financement extérieur autre que les dons de ses membres. La Matrix Guild of Victoria dépend elle aussi principalement des dons, en particulier de l’argent légué par des lesbiennes dans le cadre de leur succession. Elle a également bénéficié de quelques financements extérieurs. L’Australian Lesbian Medical Association a obtenu le statut ECOSOC en 2013 et indique sur son site web qu’elle se concentre sur les droits humains des personnes LGBTIQ+. Elle fait partie du Pride Centre. Toute organisation lesbienne doit donc se conformer à la ligne de conduite et se concentrer sur toutes les identités de genre et de même sexe afin d’avoir une place. Mais il est clair que les lesbiennes en tant que groupe se voient refuser l’accès si elles se concentrent sur les lesbiennes et les femmes aimant les femmes attirées par le même sexe.

En revanche, une organisation comme ACON – à l’origine le Comité contre le sida de la Nouvelle-Galles du Sud – est bien financée. Elle s’inspire d’une organisation similaire, le Diversity Champions Workplace Equality Index, publié au Royaume-Uni par Stonewall. L’approche de l’ACON en matière de financement devient évidente lorsque l’on examine le site connexe, Australian Workplace Equality Index (AWEI), en particulier sa page de récompenses :

L’AWEI est désormais la référence nationale en matière d’intégration des LGBTQ sur le lieu de travail. Il s’agit de la plus grande et de la seule enquête nationale auprès des employés conçue pour évaluer l’impact global des initiatives d’intégration sur la culture organisationnelle ainsi que sur les employés qui s’identifient et ceux qui ne s’identifient pas [LGBTQ].

En 2024, la société de conseil DLA Piper, qui possède des bureaux dans quatre villes australiennes, et le géant du jeu The Star Entertainment Group seront les employeurs de l’année, tandis que les dix suivants – employeurs de niveau platine – seront Accenture, AGL Energy, l’Australian Taxation Office, Capgemini, Clayton Utz, Deloitte, EY Oceania, MinterEllison, NAB et PwC. Pour en savoir plus, voir ici. Ces entreprises et ministères versent des milliers de dollars en cotisations et en tant que sponsors.

L’effet des idéologies postmodernes et queer

Le financement pour les lesbiennes et les homosexuels est un problème récurrent depuis que les mouvements de libération des femmes et des homosexuels ont vu le jour à la fin des années 1960. Les lesbiennes ont rarement été une priorité, même s’il est arrivé qu’un groupe ou un individu passe entre les mailles du filet et reçoive un certain soutien. Mais l’érosion des lesbiennes en tant que groupe distinct s’est accélérée avec l’invention de LGBTQ+. En réalité, il s’agit de deux groupes aux idéaux très différents. LGB concerne l’orientation sexuelle ; TQ+ indique une identité non matérielle et a été largement soutenu par les disciplines universitaires postmodernes et queer. L’ajout de TQ+ marginalise les lesbiennes, de sorte que la simple présence de lesbiennes dans des organisations distinctes centrées sur les lesbiennes lors des marches des fiertés suffit pour que les lesbiennes soient accusées de transphobie.

Le Pride Centre, comme de nombreuses autres organisations LGBTIQ+, prétend représenter l’ensemble de la « famille arc-en-ciel ». Mais seulement sous certaines conditions. L’expression LGB fait référence aux orientations sexuelles, tandis que l’expression TQ+ fait référence à une identité choisie par l’individu. Les organisations LGB existent depuis de nombreuses années. Jusqu’au milieu des années 1990, il existait une allée d’éditeurs LGB à l’American Book Expo. Au cours de ces années, l’identité de genre a commencé à prendre le pas sur l’orientation sexuelle, et les librairies féministes ont commencé à disparaître, comme je l’ai indiqué dans mon livre Bibliodiversity [Bibliodiversité]. Il n’en reste plus qu’une poignée aujourd’hui. En 1995, le livre Lesbians in Print [Lesbiennes de l’Imprimerie] répertoriait environ 130 librairies basées au Canada et aux États-Unis.

Le postmodernisme a également commencé à inonder les sciences humaines au cours de ces années, un mouvement qui peut être considéré comme nihiliste et réactionnaire d’un point de vue féministe matérialiste, comme l’expriment des critiques telles que Nothing Mat(t)ers (1992) [Rien n’est Important] de Somer Brodribb et les contributeurs à l’anthologie Radically Speaking (1996) [Parlons Radicalement] de Diane Bell et Renate Klein, deux textes clés dans la lutte contre le postmodernisme. Lorsque la théorie queer s’est développée en tant qu’approche active, tirant sa logique des approches poststructuralistes, elle a petit-à-petit obscurcit le propos, le terme « queer » achevant de faire disparaître les lesbiennes. Une nouvelle étape a été franchie avec le transgenrisme, une idéologie qui fait exister les soi-disant mâles lesbiennes dotés d’un pénis et dont les partisans refusent de débattre des questions soulevées par les féministes radicales sur tout ce qui a trait aux questions importantes concernant les lesbiennes. Au lieu de cela, une lesbienne est accusée de transphobie – d’être une TERF – parce qu’elle préfère exclusivement les relations sexuelles avec les femmes, alors que c’est la définition d’une lesbienne.

Comme l’a écrit une femme qui a détransitionné, Max Robinson, en 2016, « le langage de la détransition est perméable une manipulation abusive qui masque et déforme la capacité des femmes à nommer ce qu’il se passe ». Les jeunes lesbiennes comme Max Robinson ont eu du mal à trouver une communauté lesbienne. Elle a documenté son expérience et ses idées théoriques découlant de cette expérience dans son livre Detransition : Beyond Before and After (2021) (Détransition : Au-delà de l’Avant/Après)

Dans le monde hétérosexuel, le contrôle coercitif a commencé à être remarqué et des lois sont mises en œuvre pour le criminaliser en tant que violence domestique. Dans le monde des lesbiennes, cependant, comme le rapporte Angela Wild, les lesbiennes subissent « une coercition psychologique implacable » et il n’est pas envisagé de sanctionner de quelque manière que ce soit les auteurs de menaces et de violences à leur encontre. L’anthologie You Told Me You Were Different (Tu m’avais dit que tu étais différent), éditée par Kitty Robinson (2021), rassemble plus de trente textes de femmes qui ont subi des préjudices, notamment des viols et des violences physiques, émotionnelles et coercitives de la part d’hommes. Évoquant les schémas masculines de comportements dans la communauté transgenre, elle note que « la violence et l’inconduite des hommes trans-identifiés ne sont qu’une sous-catégorie de la violence et de l’inconduite masculines ».

Des lois qui mettent les lesbiennes à l’écart

La modification apportée en 2013 à la loi de 1984 sur la discrimination sexuelle (Sex Discrimination Act 1984) pour incorporer le mot « genre » et supprimer le mot « femme » a eu de graves conséquences pour les lesbiennes. Le changement juridique furtif, qui consiste à modifier le langage pour qu’il ne signifie plus ce qu’il signifie habituellement, est une démarche autoritaire qui crée des définitions « autorisées » contraires à l’usage quotidien. Les partis qui devraient améliorer le sort des femmes – la gauche travailliste, les Verts et d’autres – sont devenus les porte-parole d’une position politique idéologiquement déformée.

La proposition de modification de la loi de 2013 sur la discrimination sexuelle (orientation sexuelle, identité de genre et statut intersexe) a été soulevée lors de la consultation de l’AHRC en 2010. Un groupe de lesbiennes avait alors soumis une proposition sous le nom d’Erinyes Autonomous Activist Lesbians. En 2010, elles ont prédit précisément l’effet qu’aurait sur les lesbiennes, et en fait sur toutes les femmes, une législation donnant la priorité au genre plutôt qu’au sexe. Si ces mots vous laissent perplexe, voici la différence : le « sexe » est une question de biologie ; il y a deux sexes, femelle et mâle ; le « genre » est une question de comportement et de normes sociétales. Les bébés ne peuvent pas avoir de sexe, mais ils ont un sexe chromosomique, même dans le cas des personnes intersexuées.

Les autrices de la proposition des Erinyes ont fait valoir que « la définition de “femme” est modifiée pour inclure les personnes mâles transgenre qui s’identifient transgenres au sexe femelle », laissant les femmes et les filles de naissance sans mot pour exprimer leurs propres expériences de filles, de femmes et de lesbiennes. Elles ont prédit que les lois fondées sur le genre protégeraient les hommes qui prétendent être des femmes, mais laisseraient les lesbiennes sans aucune protection juridique. Les modifications apportées en 2013 à la loi portant modification de la loi sur la discrimination sexuelle ont abouti à des résultats de ce type. Les lesbiennes souhaitant organiser un événement réservé aux lesbiennes sont interdites. Les lesbiennes qui souhaitent s’exprimer sur les effets de la discrimination dont elles sont victimes sont qualifiées de bigotes et menacées de poursuites judiciaires. Les lesbiennes qui pratiquent un sport se retrouvent en compétition avec des hommes acculturés à la société masculine. Dans les hôpitaux, les lesbiennes ne peuvent pas demander à être soignées uniquement par des femmes. Pire encore, les femmes en prison, les femmes en quête de sécurité dans les refuges et les centres d’aide aux victimes de viols risquent d’être confrontées à un homme alors que c’est un traumatisme antérieur causé par un homme qu’elles cherchent à éviter.

Erinyes a résumé le résultat probable pour les lesbiennes à la fin de leur présentation :

Il est dangereux et imprudent de légiférer comme s’il existait une base biologique prouvée du phénomène du transgenrisme. Une telle législation aboutira à la négation des droits des femmes nées de sexe féminin.

Ce n’est pas comme si l’AHRC n’avait pas été prévenue des résultats probables. Elle aurait pu écouter les arguments bien pensés des lesbiennes.

Qu’arrive-t-il aux lesbiennes sous ce régime ? Elles sont rendues invisibles ou carrément effacées. La haine généralisée à l’égard des lesbiennes reste occultée. L’une des principales raisons pour lesquelles j’ai tant écrit sur les lesbiennes – dans la poésie, la fiction et la non-fiction – est de rendre visibles les lesbiennes ainsi que les idées et la culture lesbiennes.

Bien que les enjeux soient fortement idéologiques, il faut aussi discuter des intérêts en jeu. La médicalisation du cadre de l’identité de genre rapporte des milliards de dollars, et les mastodontes de la médecine et de la pharmacie sont derrière eux. Dans Vortex : The Crisis of Patriarchy (2020) [Vortex : La Crise du Patriarcat], je me suis inspirée des premiers travaux de Jennifer Bilek dans ce domaine. Bilek, journaliste d’investigation, suivait la piste du financement par des médecins milliardaires et des sociétés pharmaceutiques et d’investissement qui profitent du désir de transformation découlant du passage de l’orientation à l’identité, et de l’astroturfing [manipuler la perception sur les réseaux sociaux afin de donner l’impression qu’un mouvement politique marginal est un mouvement de masse] en cours, comme elle le souligne dans son récent livre Transsexual Transgender Transhuman (2024) [Transsexuel, Transgenre, Transhumain].

Bilek indique que l’argent consacré au développement d’installations médicales axées sur les traitements fondés sur le sexe et à la promotion de l’idéologie LGBTQ+ est considérable. Les dons de la famille Pritzker n’en sont qu’un exemple. Après des dons initiaux d’un million de dollars américains aux programmes transgenres de l’hôpital Lurie de Chicago en 2013-2014, les Pritzker ont poursuivi avec 15 millions de dollars américains en 2019 et 6,45 millions de dollars américains en 2022. Parallèlement, M. Pritzker a créé la première chaire d’études transgenres à l’université de Victoria, en Colombie-Britannique. Bilek documente de nombreux dons de sommes à sept ou huit chiffres par des entreprises, des familles puissantes et des ONG pour de telles causes.

Quelques victoires ont été remportées, notamment la publication du Cass Review au Royaume-Uni (ignoré en Australie) et le recours à la loi sur l’égalité en 2023, qui a permis à la conférence FiLiA de Glasgow de se tenir en octobre 2023 – elles n’avaient reçu qu’un préavis de douze heures pour annuler une énorme conférence féministe radicale et ont protesté avec succès en recourant à la loi sur l’égalité. Mais en Australie, les directives de l’Association professionnelle mondiale pour la santé des transgenres sont toujours acceptées, malgré les dossiers révélant des erreurs médicales, et elles sont également suivies par l’Association professionnelle pour la santé des transgenres d’Aotearoa. En Australie, deux procès sont en cours. L’affaire Tickle v Giggle a été entendue par la Cour fédérale d’Australie en avril 2024 et va maintenant faire l’objet d’un appel devant la Cour suprême. Le débat porte sur la signification du mot « femme ». Le TQ+ inclut la « femme trans » dans la catégorie « femme ». Mais les femmes à la recherche d’un espace sûr – en ligne, comme dans Giggle, ou dans des espaces tels que les refuges, les prisons ou les événements lesbiens – sont soit poursuivies en justice, soit obligées d’intenter elles-mêmes une action en justice. Le GAL mentionné plus haut est susceptible de faire appel du refus de l’AHRC. Il n’est pas surprenant que l’AHRC n’ait pas autorisé l’exemption, étant donné que sa conférence de juin 2024 s’est tenue à l’hôtel Hyatt, propriété de la famille Pritzker. Trois États australiens – Victoria, Australie-Méridionale et Queensland – ont déjà introduit des lois sur l’auto-détermination de genre et la Nouvelle-Galles du Sud est sur le point de le faire par le biais du projet de loi 2023 sur l’amendement de la législation sur l’égalité (LGBTIQA+), parrainé par Greenwich.

Le problème des grandes fondations, des milliardaires philanthrocapitalistes, des entreprises qui gagnent de l’argent grâce aux produits pharmaceutiques et médicaux, c’est qu’ils faussent la trajectoire des mouvements politiques. Et il sont soutenues par la gauche – les Verts et les travaillistes au Royaume-Uni et les démocrates aux États-Unis. Il s’agit d’une alliance conflictuelle qui doit être remise en question. Les lesbiennes ont été une cible privilégiée et elles se défendent. Vous joindrez-vous à nous ?

A propos de l’autrice

Susan Hawthorne

Susan Hawthorne est l’autrice de dix-huit livres publiés à l’échelle internationale et traduits en huit langues. Poète, commentatrice politique et éditrice, elle écrit sur la guerre, la mondialisation, l’écologie, le viol, la torture et la théorie féministe. Son livre le plus récent est Lesbian : Politics, Culture, Existence (Mission Beach : Spinifex, 2024)

Laisser un commentaire