Témoignage de harcèlement de rue et violences verbales lesbophobes

Par Jeanne, 21 ans, étudiante à Lyon

Bonjour à toutes,
Si je prends la plume aujourd’hui, c’est pour vous relater l’agression lesbophobe que j’ai subie hier soir, à Lyon, en attendant le tramway, avec ma compagne. Il pourrait s’agir d’une histoire banale, vécue par de nombreuses lesbiennes en France, mais je souhaitais néanmoins vous la partager, afin que chacune puisse de nouveau se rendre compte de l’ampleur de la violence que l’on peut subir quand on est une femme lesbienne.


Il était environ 22h et il faisait doux, comme les nuits le sont au mois d’août. Avec ma compagne, nous avions prévu de nous promener dans les rues avant de rejoindre notre appartement. Nous aimons marcher et nous aimons l’air frais de la nuit quand il a fait chaud toute la journée.

Soudain, alors que nous étions sur le quai, nous entendons un homme qui nous interpelle, ou plutôt, qui nous affuble de surnoms obscènes. J’entends notamment « sales lécheuses de chattes », ou encore « sales gouines, on dirait des hommes », ou des choses de cet ordre, je ne me rappelle plus exactement.

Au départ, je dis à ma compagne que je ne me retournerai pas vers l’homme (à qui nous tournions alors le dos), que cela ne sert à rien de raisonner des imbéciles. Or, l’homme se montre insistant, et réitère ses insultes, en accentuant toujours davantage la violence de ses propos. Là, mon sang ne fait qu’un tour, je ne peux plus me taire. Je me retourne et lui lance : « Qu’est-ce que ça peut te faire ? En quoi on te dérange ? ». L’homme en question, je le précise, est un SDF en fauteuil roulant qui fréquente depuis un certain temps notre quartier : il y fait la manche en compagnie de son chien, qui, pour le coup, n’est pas agressif. L’homme n’a généralement pas l’air aimable, mais je ne le croyais pas capable d’une telle violence. Il me rétorque qu’il n’aime pas les lesbiennes, que nous sommes en
démocratie, et qu’il a le droit de nous dire ce qu’il pense de nous. Bien évidemment, je le contredis et lui rappelle que les propos qu’il tient sont illégaux et que cela n’a rien à voir avec la démocratie (bien au contraire). Bref, je tente tant bien que mal de l’amener à réfléchir sur sa propre bêtise, sans forcément me montrer agressive à son endroit. Je lui dis aussi que je ne l’aime pas non plus, mais que ce n’est pas pour ça que je me permets de le lui dire. Il écoute vaguement, ne trouve plus rien à dire sur la démocratie, si ce n’est qu’il est plus âgé que moi et qu’il connait mieux la vie que moi — le sophisme des hommes qui ne se prennent pas pour des merdes et qui attaquent les jeunes femme sur leur âge, et me dit que je suis une merde, que je ne vaux rien, que je passe ma journée à me prendre des godes, que je devrais me « prendre une bite » pour me calmer, que je ne devrais pas vivre, et que c’est à cause des gens comme moi que le pays va mal. Je le rembarre en disant qu’au vu de son allure, il n’est pas position de critiquer mon apparence, et que contrairement à lui, j’ai l’intelligence de ne pas lui reprocher à lui, SDF, tous les maux du monde. Il finit par ne plus rien avoir à dire face à cette réplique et en vient même à nier qu’il est SDF (n’étant pas rentrée dans son jeu de la violence, je l’ai ramené à sa propre situation en disant qu’il n’est pas en position de me dominer, mais qu’au moins j’ai la présence d’esprit de ne pas le considérer comme un déchet de la société en lui reprochant tous les torts du monde). Il m’a alors dit qu’il ne voulait plus parler avec moi (le comble !). La discussion s’est arrêtée là-dessus, étant donné qu’il était à court d’arguments et que je n’avais pas réagi à ses propos obscènes, préférant les ignorer en raison de leur bêtise crasse. Parfois, face à la bêtise, il n’y a rien à dire. Mais je suis contente malgré tout de ne pas m’être laissée faire et d’avoir pu lui fermer sa bouche.


Le récit est long, j’en suis désolée, mais je voulais vous retranscrire avec objectivité, si je puis dire, les détails de cette altercation. J’en profite pour rappeler également qu’il n’y a pas de profil type des agresseurs lesbophobes et des harceleurs de rue. Il peut s’agir de gens riches comme de gens pauvres (voire très pauvres, dans ce cas précis), de gens des banlieues comme des gens des beaux quartiers, de noirs comme de blancs. Le seul point commun de tous ces agresseurs est leur sexe, et non leur « genre ». Tous, ou presque tous, sont des hommes, et se sentent tenus de nous rappeler qu’ils ont des bites et que nous sommes leurs inférieures, et plus encore quand nous refusons de coucher avec eux car nous sommes lesbiennes. L’homme qui m’a agressée hier était un homme d’une extrême pauvreté, handicapé, mais cela ne l’a pas empêché d’essayer de me dominer, de m’écraser, et de vouloir me faire sentir comme une merde, sur la base de mon orientation sexuelle et de mon apparence «androgyne » (car je suis une femme aux cheveux courts, qui porte généralement des vêtements assez amples et unisexes et des sneakers). Qu’un homme soit riche ou pauvre, valide ou non, il tentera toujours de vous dominer, soit pour tenter de se grandir, soit pour tenter de vous faire sentir minuscule, même quand c’est lui qui est socialement dans une position de faiblesse. La masculinité toxique est partout, elle ne touche pas que les milieux « riches, blancs, valides et bourgeois », contrairement à ce que l’on entend parfois et qui m’irrite profondément. L’égo des hommes est absolu, et même quand ils sont dans une position de déchéance extrême, ils se sentent tenus d’attaquer les autres (les femmes, surtout) et de se valoriser en insultant autrui de manière pitoyable. Le pire étant que cet homme a nié être SDF (je lui avais donc demandé ce qu’il faisait à mendier tous les jours devant le supermarché du coin, ce à quoi il n’avait rien pu répondre), dans une entreprise ridicule de sauvetage de son égo blessé.
Bien sûr, l’objectif de ce partage n’est pas de stigmatiser les hommes SDF. Mais je souhaitais rappeler que quand on est une femme, et lesbienne en prime, les agresseurs peuvent être n’importe qui. Il n’y a pas de totem d’immunité. Tout le monde peut jouer au bourreau.

La lesbophobie est partout, qu’elle provienne d’hommes non éduqués qui nous appellent les « bouffeuses de chatte » et nous insultent directement, ou qu’elle se dissimule derrière des apparences de progressisme et d’inclusivité, en tentant de vous faire intégrer l’idée que les lesbiennes aiment les pénis.

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